Dylanesque

Don'tLookBack

Mercredi 16 juin 2010 à 1:57

Le Dylan électrique, c’est comme l’Occupation française, on ne peut pas savoir de quel côté on aurait été, celui des défenseurs ou des opposants du génial poète. Ce que l’on peut savoir néanmoins, avec le recul, c’est que ce concert au Royal Albert Hall, est le témoignage live le plus puissant jamais publié.

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En l’écoutant, dans le noir, les yeux fermés, c’est toutes ces images de « No Direction Home » qui reviennent en tête. D’abord, un Dylan pâle, amaigri, usé par une tournée anglaise aussi épuisante physiquement que mentalement. Les drogues qui circulent, les nuits sans sommeils, les hôtels où trainent les parasites. Un type tout faible qui affronte une horde cruel, et commence tranquillement, avec une partie acoustique terrifiante. Parce que c’est un fantôme, Dylan, il n’est pas là, il hante la salle, avec de longues improvisations dans son harmonica, et une voix trainante, qui n’y croit plus du tout. Pourtant, c’est beau. De longs poèmes vomis comme s’il voulait s’en débarrasser. « Visions of Johanna » n’a jamais aussi bien sonné, résonnant dans le vide, « the country music station play soft » et Louise tient des poignées de pluie, personne ne peut la défier. C’est à vous glacer le sang. Dylan ne peut pas lutter, jamais il n’a semblé aussi divin, comme s’il détenait une vérité absolue et qu’il était seul face à l’univers. Alors il continue, inlassablement, on a l’impression qu’il pleure parfois, il me fait pleurer. L’harmonica sur « M.Tambourine Man » me fait pleurer. C’est la mort d’un homme, la fin d’une époque, un tas de sentiments qui s’envolent à chaque fois qu’il souffle dans ce maudit harmonica, comme si son âme lui échappait. Je crois bien que le moment le plus émouvant de toute la discographie de Dylan, c’est cet harmonica, à ce moment précis.

Dylan est mort, et il ressuscite devant les yeux d’un public qui ne peut pas l’accepter, qui ne comprend pas. Comment leur en vouloir, on était pas là, à leur place, on ne peut pas juger, on a trop de recul pour ça. Et avec le recul, on peut dire que c’est puissant, très puissant. On tremble dès que les premiers coups de tonnerres retentissent, dès que l’électricité est enfin dans l’air. Dylan fait jouer ses copains avec lui, il peut enfin s’amuser, laisser toute la rage qu’il a contenu dans son harmonica pendant le set acoustique nous exploser à la gueule. Je frémis dès que j’entends le groupe s’accorder, ces premières notes d’orgue et ces bruits de pas. Et d’un coup, c’est parti et on n’arrête plus les Hawks. « Tell Me Momma », et Dylan sort du coma. Il est libre et va droit devant. Il gueule dans son micro, agitant les bras dans tout les sens, dans une posture qui lui donne un air plus christique que jamais, avec ce rayon de lumière qui l’entoure. Le public est sur le cul, et Dylan s’en fout, il plaisante, se fout de la gueule du monde. Il est déjà en transe et hors du monde lorsqu’il attaque « Just Like Tom Thumb’s Blues », et se ballade Rue Morgue sous acide. Impossible d’arrêter la machine, on est hypnotisé par cette voix qui vomit du désespoir et de la haine au fur et à mesure que le public devient hostile, que même le plaisir échappe à un gamin qui, à l’origine, est un artiste de music-hall, pas un putain de chanteur folk, il veut la piétiner cette enveloppe. Alors qu’il se transforme, personne ne le regarde ou l’écoute, il se fait juste siffler. « Ballad of a Thin Man » et son orgue virevoltant, on dirait qu’elle est joué dans une véritable église cette chanson, c’est un sermon acerbe jeté en pâture aux moutons, et Dylan se marre, mais au fond, il souffre, ça ne l’amuse plus tant que ça de faire le pitre.  

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Et « Judas » finit par tomber, aussi rigolard que cruel. Il est fier de lui, le malin. Et Dylan de répondre que c’est un menteur, et que pour calmer les menteurs, pour prouver que lui il a raison, il ordonne à ses camarades de jouer putain de fort. D’envoyer la sauce et au fond, on entend ce son de caisse tellement familier. Vlan, c’est parti, la plus géniale, la plus folle, la plus puissante des versions de « Like A Rolling Stone » débute. Il faut avoir les images en tête, visualiser Dylan, seul contre tous, dans une dernière joute avec son public, s’égosiller, laisser le refrain monter au ciel, « How Does It Feeeeeel », et l’harmonica dont ressort une fureur, terrible. Allez, rien à foutre, prenez ça dans vos gueules, moi je me casse. Rideau. Hymne nationale. Bruits de pas. Portes qui claquent. Et quelques mois plus tard, pneus qui glissent et la folle tournée est stoppée net.

Parfois oui, j’aime éteindre la lumière, allumer des bougies, et écouter ce disque au casque. Revivre ce moment que j’ai l’impression d’avoir vécu mille fois. Avoir la chair de poule. Avoir moi aussi envie de gueuler, de tout foutre en l’air. C’est le concert le plus fou et le plus puissant et le plus beau qui existe, que je connaisse en tout cas, une véritable expérience religieuse, pleine de symboles, avec un martyr et à la fin, on ne sait plus qui trahit qui. On sait juste que ce cri de désespoir, il fait autant de mal que de bien, avec du recul ou pas, c’est une aventure à chaque écoute, un film, quelque chose de mythique. C’est Bob Dylan, à son apogée.   

Dimanche 13 juin 2010 à 21:40

Il me semble quasiment impossible de pondre une chronique assez complète pour retranscrire tout ce que peut évoquer cet album, toute sa qualité. D’autres l’ont fait, moi je suis pas assez doué pour y arriver. Mais je peux en parler un peu.

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Le contexte, tout le monde le connait. Le renouveau du folk, la crise des missiles, les droits civiques, tout ça. Un premier album passé quasiment inaperçu, mais qui permet quand même au gamin du Minessota d’être autre chose qu’une aiguille dans une botte de foin au milieu de tous les folkeux du Greenwich Village. Sauf que c’est bien gentil de reprendre des classiques en tentant d’imiter les vieux bluesmans, mais maintenant, il faut écrire des chansons. Il faut pas lui en dire plus à Dylan, le voilà qu’il nous pond un chef d’œuvre. Le premier d’une longue série.

Blowin’ in The Wind. Le premier classique de Dylan. Des bouquins entiers ont été écrit sur ce morceau. Qui est au choix un chant de liberté universel, une grande chanson protestataire, ou bien un poème intemporel. Je me souviens qu’en l’écoutant pour la première fois, j’avais tout compris aux paroles, ça m’était jamais arrivé avant de traduire mentalement, de me laisser porter par un texte en le comprenant du début à la fin. Ce qui m’avait le plus marqué c’est la voix, comme si c’était un vieux sage qui chantait alors que j’ai découvert bien après qu’il s’agissait d’un gamin qui à défaut d’être vraiment sincère, savait manier les mots et les accords de guitare qui restent en tête. C’est le premier morceau que j’ai appris à l’harmonica. C’est simple, c’est évocateur et c’est un morceau qui traversera le temps pendant encore longtemps, c’est certain.

Girl From the North Country. Une complainte qui fonctionne à tous les coups, dont je ne pourrais jamais me lasser. En l’écoutant, je m’imagine toujours la même fille, avec ses cheveux longs et son grand manteau, un fantôme dont je serais toujours amoureux. L’harmonica se fraye un chemin au milieu du morceau et souffle tranquillement, comme un vent de mélancolie. C’est beau à pleurer.

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Masters of War. Celui-là, il aurait pu figurer sur l’album suivant, tant il tranche, il est froid et rageur. On ne saura jamais si Dylan croyait vraiment en ce qu’il chantait, il a déclaré une fois que ce n’était pas un chant pacifiste, qu’il était même pacifiste, qu’il s’en foutait. La chanson nous présente un Dylan qui montre du doigt, plein de venin “And I hope that you die / And your death'll come soon / I will follow your casket / In the pale afternoon / And I'll watch while you're lowered / Down to your deathbed / And I'll stand o'er your grave / 'Til I'm sure that you're dead

Down the Highway. Probablement le morceau le plus faible de l’ensemble, ce blues est un reste de l’album précédent, un peu trop léger pour convaincre. Mais pour un adolescent qui venait d’être percuté par les textes de Kerouac, le thème du type qui se barre avec ses valises et part marcher au bord de l’autoroute m’avait bien plu.

Bob Dylan’s Blues. J’adore cette voix qui nous annonce que c’est une chanson écrite quelque part aux Etats-Unis, cette voix faussement fragile, pleine de malice. Une farce à la Dylan, pleine de références, de jeux de mots, de candeur et de burlesque. Le gringalet se prend pour un dur à cuire et c’est tordant.

A Hard Rain’s A-Gonna Fall. Là, on touché au sublime. Un torrent de mots, d’images, d’émotions caché sous une fausse protest-song. Plus rien n’arrête le poète, Rimbaud avec une guitare et un harmonica, et une diction bien à lui, que je me suis amusé tant de fois à imiter, quand j’écoute la chanson au casque, bougeant les lèvres en silence, tentant de suivre le rythme. Derrière ce récit apocalyptique, c’est un torrent d’humanité qui sommeille, du clown qui pleure dans la rue à la petite fille qui offre des arcs-en-ciel.

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Don’t Think Twice, It’s Alright. Accessible parce qu’elle touche juste dès la première écoute, magnifique tant elle est un mélange d’amertume et d’amour, c’est souvent le morceau que je choisi pour faire découvrir Dylan à un « débutant ». Suze Rotolo devait être quelqu’un de bien pour mériter une telle chanson de rupture, la plus belle qui soit. J’adore quand il dit qu’elle voulait son cœur et qu’elle lui a volé son âme, la manière dont il détache les syllabes, dont les accords de guitare s’enchaînent, c’est déchirant. Il faut l’écouter en roulant, avec un coucher de soleil, il faut l’écouter religieusement lorsqu’on se sent mélancolique, c’est bouleversant.

Bob Dylan’s Dream. En pompant une ritournelle vieille comme le monde, Dylan transforme cette chanson en complainte très personnelle, auquel il est facile de s’identifier. Alors forcément c’est émouvant, surtout quand des amis te manquent, qu’il y a des moments dans ta vie que tu aimerais revivre. « How many a year has passed and gone, / And many a gamble has been lost and won, / And many a road taken by many a friend, / And each one I've never seen again.”

Oxford Town. Le rythme est merveilleux, « un air de banjo joué à la guitare » comme le dit Dylan dans les notes de l’album. Une nouvelle variation autour de la protest-song, plus décontracté dans la forme, tout aussi puissante dans le fond.

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Talkin’ World War III Blues. Dans cette satire burlesque, on retrouve les deux influences, les deux faces du Dylan de l’époque, Woody Guthrie et Chaplin. C’est spirituel, drôle et acerbe. Surtout la citation de Lincoln et celle qui s’attribue. « Je vous laisserais être dans mes rêves si je peux être dans les votres ». Il me tue à chaque fois qu’il dit ça !

Corrina, Corrina. Cette ballade traditionnelle, elle me parle du temps. Cette mélodie qui se déroule avec quiétude, c’est le temps qui nous échappe, la fille qui ne reviendra pas. Derrière le texte simpliste, c’est pour moi aussi évocateur qu’un « Don’t Think Twice », aussi émouvant. Souvent, je repense à Charlotte Gainsbourg en train de peindre dans le biopic « I’m Not There », alors que le monde est en train de s’écrouler. « Corrina, Corrina », je l’écoute quand mon monde s’écroule et que j’ai besoin de m’enfermer dans mes souvenirs, hors du temps.

Honey, Just Allow Me One More Chance. Là aussi, une blague qui fait un peu tâche dans l’ensemble et qui aurait plus eu sa place sur l’album précédent. C’est sautillant, amusant, et j’adore la manière dont Dylan crache dans son harmonica et parle à toute vitesse. Mais c’est trop peu comparé au reste. Je le vois comme une récréation tout au plus.

I Shall Be Free. Un dernier règlement de comptes pour la route, qui baigne dans le surréalisme, l’absurde et multiplie les références comme si de rien n’y était, avec détachement et malice.

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Et puis cet album, c’est aussi une pochette, elle aussi très évocatrice, peut-être la plus belle des couvertures d’albums, ma préféré en tout cas. Elle trône fièrement au dessus de ma platine, et elle renvoie à l’hiver, aux premiers amours, à une époque, à New York. Comme les chansons, elle sera mainte fois cité, interprêté, reprise. On ne compte plus les versions de « Blowin’in the Wind », les dissertations sur « Hard Rain ». Pourtant, quarante ans après, le charme est intact.

Dense, novateur et émouvant, « The Freewheelin Bob Dylan » est le deuxième album du Zim qui m’a foudroyé. Le premier, c’était « Highway 61 », l’été précédent, en Bretagne, la révélation, et tout. Là, c’était à la rentrée, je débarquais en première littéraire et ça m’a retourné forcément. Je l’ai écouté en boucle tout l’automne, dans mon fidèle baladeur, le matin en prenant le bus, le soir en rentrant, sous la pluie, en fumant mes premières cigarettes. Je l’écoute toujours religieusement, et c’est pour moi, le plus bel album folk jamais enregistré.  

  

 

Samedi 12 juin 2010 à 22:01

Les temps qui changent, parlons en justement. 
Pas l'album de Dylan hein, non celui-là je le garde pour une autre chronique. Je veux juste vous parler encore un peu de moi dans un élan d'égocentrisme qui depuis déjà un moment, n'est plus un gros mot sur son blog, n'en déplaise à certains. 

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Les temps changent et je me sens tout triste. C'est pas que je déprime mais presque. Le truc, c'est que je me sens complètement impuissant face à ça, c'est pas comme si je pouvais y faire quelque chose. Mes amis vont partir, je ne vais plus les revoir avant longtemps. L'été va passer trop vite et du jour au lendemain j'aurais vingt ans. Et puis dans quelques semaines, lorsque j'aurais les résultats de mes rattrapages, je risque d'être le cul entre deux chaises. Soit je passe en troisième année et je sais même pas si ça m'enchante de rester dans le coin, seul, à se forcer, à combattre la routine, à commencer des choses que je ne finis jamais. Soit je n'ai pas ma deuxième année et j'arrête mes études, je trouve un boulot, j'attends d'avoir assez d'argent pour m'en aller. Aux Etats-Unis, probablement. Je sais même plus. Je me sens bien incapable de prendre la moindre décision. 

Alors en attendant, vous l'avez vu, je suis retombé dans les chansons de Dylan. Des chroniques suivront, probablement. Me faîtes pas confiance, je suis d'une inconsistance en ce moment... 

Les temps changent et moi, je reste là comme un con, et putain oui, ça me rend tout triste. 

Samedi 12 juin 2010 à 19:43

On a tendance à l'oublier parce qu'il est coincé entre deux albums encore plus mythiques, mais "Another Side of Bob Dylan", c'est un petit chef d'oeuvre dans son genre. Moi-même, je l'ai pas mal négligé. Au début, je le trouvais trop bavard et comme je l'avais acheté dans une période un peu sombre, certaines chansons, trop longues, me filaient encore plus l'envie de déprimer. Pourtant, avec du recul, et des écoutes répétés récemment, je me suis replongé avec délice dans un album beaucoup plus lumineux et attachant que je croyais. C'est ça avec Dylan, il nous surprendra toujours, et il faut savoir persévérer. Quatre ans pour découvrir vraiment toute la puissance de ces chansons, quatre ans, vous vous rendez compte ?

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Ca commence avec une franche rigolade, une farce où Dylan se marre comme un gamin qui cracherait pas sur la marijuana. "All I Really Want to Do Ouuuuuuuuuuuuuu". J'adore ces "Ouuuuuuuuuuuuu". C'est rare de voir Dylan faire de con, et de l'entendre surtout. Après le sérieux des temps qui changent, c'est une bouffée d'air frais. Certains ont pas trop aimé ce revirement vers une poésie plus personnelle, plus libre, qui se prend plus autant au sérieux (même si le gamin du Minessota, on sait jamais vraiment quand il est sincère ou pas). Le blues décontracté de "Black Crow" par exemple, ou bien le récit désopilant de "Motorpsycho Nitemare", ça n'a pas la carrure de ses plus belles protest-song ou de ses ballades les plus émouvantes, mais ce sont des morceaux qui lui permettent d'explorer de nouveaux registres. De se libérer de ses chaînes. 

"Chimes of Freedom", une protest-song qui emmerde les protest-songs. On peut l'interprêter comme on veut, comme un chant de liberté, comme une ballade déchirante, comme un moyen de dire "là voilà votre chanson d'une génération, je peux faire ce dont j'ai envie maintenant ?". Il en reste un titre qui me touche à chaque fois, surtout quand le gamin gueule le refrain, il le fera en concert souvent. 

On l'avait vu avec "The Freewheelin", Dylan est doué pour émouvoir. C'est jamais une émotion pure et dure, c'est souvent à prendre sous plein d'angles différents, c'est parfois un exercice de style plus qu'une simple chanson d'amour ou de rupture. Mais moi c'est ce que je préfère, le Dylan romantique, bien plus que le protest-singer. C'est pour ça que j'aime beaucoup plus cet album que son prédécesseur, puissant mais plus froid. Ici, Dylan semble se mettre à nu, et touche la corde sensible. On y trouve "It Ain't Me Babe", un classique immédiat, "Spanish Harlem Accident", une ritournelle chaleureuse, "To Ramona" et puis aussi "Ballad in Plain B". Qui sont parmis ses plus beaux morceaux, beaux dans le sens émouvant.

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C'est pas pour autant que la malice a disparu, elle est plus présente que jamais, suffit d'écouter "I Don't Believe You" ou "I Shall Be Free N°10" pour s'en convaincre. Celui là je l'adore, parce qu'on a vraiment un gamin génial qui se fout de notre gueule, s'amuse avec les mots, et se montre sous un visage bien plus sincère que celui qu'il arborait sur la pochette de "Times They Are A-Changin". Celui de l'opportuniste plein de charme, chaplinesque, roublard et plein d'esprit. C'est un poéte, et il le sait, il espère juste qu'il va pas tout gâcher. 

Je termine avec "My Back Pages", où la poésie n'est plus juste un exercice de style, mais le meilleur moyen pour se lamenter, et rendre compte de ses émotions les plus authentiques. C'est ça cet album injustement sous-estimé, trop souvent mis de côté, que j'ai eu le plaisir de revisiter, c'est un gamin avec un destin qui le dépasse, avec la gloire qui l'attend, qui décide de n'en faire qu'à sa tête et de jouer avec les mots, avec les émotions. C'est un gamin inspiré comme tant d'autres par Rimbaud, envouté par le surréalisme, et qui assume ce qu'il est, un poète, un vrai. Pas besoin de jouer les défendeurs de grandes causes pour ça, il suffit de regarder en soi, autour de soi, et de laisser son esprit vagabonder.  

Jeudi 6 mai 2010 à 23:31

La mort, elle a encore frappée. C'est la deuxième fois cette année. 
Et pour la deuxième fois, je réalise pas. Je suis perdu. 

Je pensais passer mon week-end à me forcer à réviser. Je pensais me concentrer sur mes examens. 
Je pensais que je serais libre dans quelques semaines. 
Ce que je pense importe peu maintenant. Et mes choix n'ont plus vraiment d'importance. 
Il faudra bien me contenter à tout ça bientôt, mais pour le moment, pas question d'être égoïste. 

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J'ai froid, j'ai peur, je me réfugie dans la voix de Nico, dans les chansons du Velvet Underground. 
Comme si c'était l'hiver.
Comme s'il fallait tout recommencer.

"These Day"s de Nico, encore et encore. 
Mes doutes, mes choix, mes impasses. 
Et la mort, putain de mort. 

I've been out walking
I don't do too much talking
These days, these days.
These days I seem to think a lot
About the things that I forgot to do
And all the times I had the chance to.

I've stopped my rambling,
I don't do too much gambling
These days, these days.
These days I seem to think about
How all the changes came about my ways
And I wonder if I'll see another highway.

I had a lover,
I don't think I'll risk another
These days, these days.
And if I seem to be afraid
To live the life that I have made in song
It's just that I've been losing so long.
La la la la la, la la.

I've stopped my dreaming,
I won't do too much scheming
These days, these days.
These days I sit on corner stones
And count the time in quarter tones to ten.
Please don't confront me with my failures,
I had not forgotten them.


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Dimanche 25 avril 2010 à 18:28

Des lamas, des dossiers et du soleil. 
Bref, un weekend sympathique. 
Je vous raconte ? 

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Des lamas
En me levant samedi matin, je ne pensais pas me retrouver face à des lamas et des kangourous. Et pourtant...
Comme il fait beau et que travailler c'est mal, on s'est retrouvé au parc animalier du coin, à faire une randonnée de 5 kilomètres, entourés d'animaux exotiques. Allongés sur l'herbe fraîche à se dire que la vie est belle. 

Des dossiers
Un rapport de stage, une dissertation sur Molière, une chronique littéraire... Et tout ça à rendre pour mardi matin. Alors forcément, j'ai tout repoussé au lendemain et je me suis retrouvé bloqué aujourd'hui avec une pile de boulot. Pour le stage, c'est (baclé) bouclé. Pour le reste, ça attendra encore un peu. Ma deuxième année de fac touche à sa fin. Je me sens comme un vétéran. Qui a vu ses camarades tombés et qui a survécu malgré tout, un peu par hasard, par chance. La route est encore longue jusqu'au diplôme libérateur et il faudra accomplir des miracles de procrastination pour mettre tout ça derrière mon dos. Courage. 

Du soleil
Des cigarettes au balcon avec les Kinks en bande-son. Des ballades au bureau de tabac avec Devendra. 
Une rencontre. Des adieux. 
Tout va très vite.
J'évite les balles. 
Advienne que pourra. 

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Dimanche 18 avril 2010 à 11:03

"I laid on a dune, I looked at the sky, (...) 
Sleepin' in the woods by a fire in the night,
Drinkin' white rum in the sand"
("Sara", Bob Dylan)

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La Rochelle, la nuit, sur les remparts. 
Le magasin de musiques où l'on pose nos mains sur tous les pianos. 
La route, avec une K7 de Dylan dans l'auto-radio et du Carambar dans les dents. 
La marche autour de l'ile d'Oléron, le long de l'Océan, à travers champs. 
La nuit sur la plage, le campement de fortune, le grand feu de joie qui réchauffe les pieds.
Les dunes majestueuses, le rhum, les cigarettes, le bruit des vagues. 
Le soleil levant par dessus les pommes de pins, la ballade dans la forêt, le vent frais. 
La sieste au bord de l'étang, les ampoules au pied, la guitare qui perd ses cordes. 
L'amitié, le soleil, l'Océan. 
Le bonheur. 


Vendredi 2 avril 2010 à 20:37

Des sentiments, des impressions, et bien en voilà, je vous avais prévenu. J'ai décidé de me la jouer introspectif, autocentré, et puis merde. M'enfin pas d'inquiétudes, la musique que j'aime n'est jamais loin. 

Je sais pas trop quoi penser de cette semaine. C'était un peu fou. La clôture d'un festival de théâtre qu'on a passé des mois à mettre en place, une soirée un peu trop alcoolisé, un apéro au soleil sur le campus, de la pluie, beaucoup de pluie et toujours la même chanson en tête. Toujours la même. On se souvient des paroles, de la mélodie, la douce mélodie, mais impossible de s'en défaire et à force, ça devient étouffant. 

Alors je cours me réfugier auprès de Dylan. J'ai ma place pour Nantes, le 1er juillet. Tiens bon jusque là, mon pote. 

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Demain, je rentre chez moi, chez mes parents, après un mois à dégueulasser mon appartement. Je la voulais cette indépendance, et depuis bientôt deux ans, je la savoure. Mais parfois, ça fait du bien de rentrer, vraiment. J'ai besoin de ce long week-end agenouillé sur mon lit, dans ma chambre d'adolescent, où tout est propre et bien rangé, où il y a des posters des Strokes sur le mur, où rien ne peut m'atteindre. Besoin de ses dialogues de sourds avec ma mère, de la télé en bruit de fond alors qu'on déguste le repas du dimanche, un rayon de soleil passe dans la cuisine et j'étends mes jambes sous la table. Lundi soir, il faudra reprendre le train, le même train avec les mêmes paysages, les mêmes arrêts, et tout recommencer. Culpabiliser parce qu'on a dit qu'on irait en cours mais en fait non, courir après quelque chose qu'on ne pourra jamais récupérer, faire semblant de ne pas perdre notre temps, être jeune, être con, mélancolique sous la pluie, fuyant l'ennui, ivres toutes les nuits.

Je vous laisse avec une playlist, des chansons qui vont bien avec tout ces sentiments, toutes ces impressions du moments. Des chansons pour les giboulées d'avril. Je vais m'en graver une K7 et écouter ça sagement dans ma chambre d'adolescent. 

1) When I Grow Up to Be a Man (The Beach Boys)
2) Ride Into the Sun (Luna)
3) Somewhere Along the Way (Alex Chilton)
4) A Place Called Home (The Orchids)
5) No Distance Left to Run (Blur)
6) Friday, I'm In Love (The Cure)
7) Ahprahan (The Sugargliders)
8) Good for No One (Herman Düne)
9) I'm In Love With a Girl Who Doesn't Know I Exist (Another Sunny Day)
10) Lost Cause (Beck)

Tiens, les jours se rallongent...


Dimanche 28 mars 2010 à 19:52

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Je me suis couché à 4h du matin, je me suis levé à 15h. 
La fatigue accumulée, le changement d'horaire, les cigarettes froides, l'appartement en bordel. Je suis une épave. 
Des mois de travail pour accoucher d'une pièce de théâtre, jouée deux fois seulement. Une adaptation libre de la série "Six Feet Under". 
Et bien voilà, c'est terminé, on peut enterrer tout ça et recommencer l'an prochain. Une belle aventure, éprouvante surtout. 
Au lieu de me reposer, j'ai enchaîné avec un tas d'autres trucs et me voilà comme un zombie, un dimanche après-midi. 

Un dimanche après-midi sous la pluie, fouillant dans mes poches pour acheter des clopes. Regardant les trains passer. 
Quand je suis dans cet état là, le seul qui arrive à me calmer, à coller à mon humeur, c'est Nick Drake. 
Nick Drake et "Wich Will", alors que je suis à ma fenêtre, que j'ai le regard perdu dans la grisaille. 
En me disant que les vacances c'est bientôt, mais qu'avant ça, il faudra se replonger dans le travail et ne pas tout foirer. 
Je suis mort de fatigue, mais je garde un soupçon d'optimisme. 

Le 1er juillet, j'irais voir Bob Dylan à Nantes. Ce sera la deuxième fois. Tout près de chez moi. 
Et puis après j'irais en Espagne. Non vraiment, la suite s'annonce délicieuse, il suffit d'être patient. 
Vous verrez, je vous raconterais. 

Ouais, je crois que je vais retourner me coucher. Dormir, débrancher mes neurones. 
Une longue sieste avec la fenêtre ouverte, le bruit d'une averse comme berçeuse. 
Et Nick Drake, pas trop fort, comme une voix lointaine, un murmure. 


 

Vendredi 12 mars 2010 à 22:32

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Un mois plus tard, Dylanesque refait surface. 
Un mois plus tard, Dylanesque ne va pas beaucoup mieux, pas beaucoup pire.
Dylanesque ne sait plus trop bien où il en est. 
Alors ça le renvoie immanquablement vers son clavier, et ce blog qui commençait à prendre la poussière.

Et vous ça va comment ?
Après la neige, la pluie et la tempête, je crache pas sur un peu de soleil, ça fait du bien. 
Le printemps sera là dans quelques jours et je compte en profiter.
M'enfin je suis pas revenu pour faire la météo. 

Quoi de neuf ?
Moi, j'ai beaucoup de choses à faire. Ca m'évite de trop penser.
Seulement, on est vendredi soir, et justement je pense. 
Et c'est toujours la même chose. Je vais pas me répéter. 
J'ai résolu quelques problèmes, j'en ai laissé pourrir d'autres, et certains sont venus s'ajouter à mon quotidien. 
On en est tous plus ou moins là, non ?

Beaucoup de choses à faire donc. 
Un festival de théâtre à diriger, une pièce à mettre en scène et un rôle à interprêter.
Des cours auxquels il va bien falloir se pointer pour ne pas reproduire le suicide organisé du premier semestre.
Un travail peu fatiguant mais où la routine s'est trop bien installée. 
Une émission de radio qui est toujours un plaisir à animer.
Des gens que j'aiment beaucoup, d'autres moins. 
Cela dit, c'est toujours moi qui me dégoute le plus. 

Et des découvertes musicales de tous les côtés.
Je vais vous en balancer quelqu'unes à la gueule, vous irez faire vos recherches et la prochaine fois, promis, j'en parlerais plus en détail.
Teenage Fanclub, Royal City, Broken Social Scene, Nana Grizol, Luna, The Mumlers, Fountains of Wayne, Lou Barlow...
Sparklehorse, juste avant le suicide du chanteur, étrange comme sensation. 
Et puis les nouveaux albums de mes héros : Josh Rouse, Tunng, Johnny Cash (et un dernier souffle beau à pleurer). 
Dylan est toujours dans le coin, plus discret. "Street Legal" ces derniers temps.
J'ai vu "Fantastic M.Fox" et Wes Anderson ne m'a pas déçu. 
Je me suis gavé de séries TV, cf mon forum séries pour en savoir plus. 
J'ai bu, j'ai fumé, j'ai grandi de quelques millièmes de millimètres.

Un mois plus tard, Dylanesque est toujours là, avec de nouveaux tracas, mais un coeur gros comme ça. 
Et plein de choses à raconter. 
Si je trouve le temps, je vous tiens au courant. 
Alors en attendant (comme l'annonçait le titre de mon article précédent), rendez-vous au printemps !

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